CORDOUAN

 

Passer une nuit au phare était une aventure que je voulais vivre (comme beaucoup), une immersion en plein hiver loin du rêve de la mer calme et du ciel bleu. Je n’ai pas été déçu ... 


 

 

L’hiver l’océan est agité, la houle peut être énorme, la météo capricieuse et les dépressions fréquentes, ce qui ne facilite pas les relèves des gardiens et les journées sur ce bateau immobile. 

Jeudi 12 janvier j’ai rendez-vous à Port Bloc, 10h embarquement sur le "Pointe de grave", la vedette des phares et balises qui effectue les relèvent des gardiens. 

L’arrivée se fera à marée basse, et après avoir marché quelques centaines de mètres sur le banc de sable, je pose enfin mon sac sur le phare. Je profite du ciel dégagé pour m’évader sur le plateau rocheux avant que la marée ne remonte mais surtout avant que la tempête arrive, car une forte dépression est annoncée pour la nuit, la première tempête de l’année baptisée « Egon ». 

 

 

C’est l’heure de passer à table, Lionel un des deux gardiens nous a préparé un bon petit plat, nous sommes donc 7 car les ouvriers compagnons tailleurs de pierre vivent au même rythme que les gardiens et doivent cohabiter ensemble. 

L’occasion de faire connaissance avec l’équipe et de discuter sur le mode de vie et l’envers du décor car si le phare fait rêver, y vivre n’est pas donné à tous le monde. 

L’avantage de ce seul phare de France est que, à marée basse les gardiens peuvent s’évader sur le plateau de Cordouan qui offre un sentiment de liberté, un jardin paradisiaque qui se découvre et disparait au rythme des marées, d’ailleurs il est temps de fermer la porte des marées, l’eau commence a recouvrir le Peyrat (chemin d'accès au Phare) 

Les compagnons ont repris le travail, il pleut et le vent a commencé a se lever, l’océan est déchainé, il n’y a plus d’échappatoire, 41 mètres de diamètre sans ouverture sur l’extérieur, après avoir accompagné les tailleurs de pierre en haut de l’échafaudage c’est un après midi contre vents et marrées qui les attend.

Bon courage les gars ! 

 

 

Alors que Pascal est parti faire une petite sieste, je rejoins Lionel qui lui, regarde un mythique feuilleton télévisé " Columbo". Et c’est autour d’un café que nous conversons.

Entretien et nettoyage du phare, de la lentille, des groupes électrogènes, plein de carburant , changement des filtres, remplissage des poches « eau de mer » pour les toilettes. En effet si l’hiver il leurs faut trouver de quoi occuper leurs journées, les gardiens ont aussi des missions quotidiennes, ensuite il faut passé le temps ... Contrairement à la saison d'été ou des rotations amènent les touristes pour la visite du phare, une tache intéressante qu’ils apprécient, on y voit du monde, les gens sont adorable me reporte Lionel.

Ici l’eau est précieuse, pour la douche et la vaisselle c’est l’eau de pluie qui est utilisée, un ingénieux système de gouttière récupère l’eau de pluie qui part direction un bac décanteur puis dans deux puits. Un complément est livré au besoin par les agents des phares et balises, deux cuves de 1000L qui seront ensuite vidées dans le puit.

L’électricité est a consommer avec parcimonie, car alimentée par une batterie elle même rechargée par un groupe à certaines heures le matin et le soir. 

 

Pour boire et cuisiner c’est uniquement l’eau en bouteille, il faut prévoir de quoi tenir une semaine ou quinze jours, tout comme le reste des besoins vitaux, en cas de manque (cigarettes, médicament ...) il faudra compter sur son collègue mais ici il y a l’esprit d’équipe, on ne peut pas faire bande a part.

Pendant ce temps là, l’océan a atteint son fort coefficient de 97 et c’est depuis la couronne que j’admire la puissance de la houle qui s’écrase sur la face ouest, pour ensuite contourner le phare pour crée un bacwash devant la face est. Sur les grosses séries des paquets de mer passent par dessus la couronne pour inonder la cour.

 

 

 

Pour la deuxième fois de la journée, je monte les 301 marches afin d'admirer la tempête juste avant que la nuit tombe. Impossible de tenir sur la coursive extérieure, les rafales de vents atteignent les 100km/h, je me réfugie dans la lanterne, la houle est couchée par les vents qui en font trembler les vitres. Dans ces conditions et de nuit, derrière la vitre de la lanterne c’est un sentiment que je n’oublierai pas, on se sent si petit face aux éléments...

j’ai assisté avec un regard d’enfant à l’allumage de L’ampoule de 250 watts, 

 

 

 

maintenant il est temps de rejoindre les gardiens et ouvriers en bas dans la cuisine.Une petite anecdote est en train de ce créer car mon téléphone n’a plus de batterie, c’est donc dans le noir total que je dois redescendre les 301 marches, avec les bruits extérieurs des vents et d’autres inconnus ou imaginaires ... Une fois arrivé dans la cour je fus rassuré, cela aussi je ne l’oublierai pas. 

De retour dans la cuisine, alors que tout le monde s’active pour mettre le couvert, Lionel est encore au fourneau, un moment convivial et au chaud que les ouvriers apprécient forcément après un après midi sous le déluge. 

 

 

 La journée est enfin terminée mais surtout demain matin c’est la relève des gardiens et le week-end pour les compagnons, la joie du retour sur le continent commence a se lire sur leurs visages.Le repas terminé, le vent souffle toujours autant mais l’océan s’est éloigné, et je compte bien profiter a 100% de cette aventure, je saute dans les cuissardes enfile un blouson et pars avec les gardiens jusqu’au bout du Peyrat, histoire de gambader un peu et voir la lanterne du phare que l’on ne perçoit pas depuis la cour. 

 


 

Le lendemain matin après avoir passé la nuit dans le bureau qui me fit office de chambre pour me loger, (la pièce est attenante a la cuisine car il y a seulement 4 chambres sur le phare), et afin de loger les ouvriers, des boxes préfabriqués on été installé au rez de chaussée.

Réveiller par le bulletin météo de la radio, le temps ne s’est pas amélioré, le vent souffle toujours autant et tout le monde s’active après avoir petit déjeuné, pour nettoyer la cuisine et charger les affaires sur le chariot.

Comme a mon arrivée, il faut marcher quelques centaines de mètres, traverser le banc de sable et attendre le bateau des phares et balises car les relèves ce font toujours à marée basse mais suivant le calendrier des marées certaines se font a flot.

20 minutes avant de quitter le phare le ciel est menaçant et maintenant il grêle, il est temps de partir et une fois sur la pointe du banc de sable, sous un vent froid, le ciel bleu apparait et l’attente est joyeuse, telle des enfants qui partent en vacances, la joie de retrouver la famille, les copains le temps d’un week-end.
Le bateau arrive avec à son bord les deux gardiens qui prennent leurs services, il seront que deux jusqu’au lundi matin avant que la semaine recommence pour les tailleurs de pierre. 

Le lundi matin, 

j’ai embarqué sur le « pointe de grave » pour accompagner les ouvriers, car je voulais vivre une relève a flot, une relève qui se fait au pied du phare et qui peut être mouvementée si l’océan est agité.

Les matelots ont profité de la traversée pour apporter de l’eau mais seul une cuve sur deux arrivera au phare aujourd'hui car les conditions n’ont pas permis de décharger la deuxième de 1000L.